
Vous trouverez ci-dessous un message de la part de Delphine MAURY concernant le dessin animé Les grandes Grandes Vacances (qu'elle a créé).
Elle y donne pleins d'infos pratiques sur le dessin animé !
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Bonjour à tous et toutes ! Je lis avec grand plaisir vos enthousiasmes et celui de vos élèves pour la série des Grandes grandes vacances. C'est moi qui l'ai conçue et l'ai écrite (avec l'aide de co-scénaristes ; écrire dix scénarios de 26 min chronologiques n'est pas une mince affaire) durant plusieurs années, entre 2008 et 2012.
A propos des personnages, je peux dire ceci - qui n'est pas dans la série.
J'ai voulu délibérément qu'Ernest et Colette s'entendent bien, qu'ils soient complices, amis, loin des stéréotypes des frères soeurs qui se chamaillent et se houspillent en permanence. Ernest est naturellement protecteur. Colette sait qu'elle peut compter sur la bienveillance de son frère. Elle s'emballe immédiatement de la vie à la campagne alors que c'est plus difficile pour Ernest qui, en plus, a fort à faire avec les Morteau qui le rejettent simplement parce qu'il est de la grande ville. Colette incarne l'enfance avec son infatigable enthousiasme, son insatiable curiosité et c'est ce que j'ai senti en interviewant les personnes âgées dont les récits ont nourri ma fiction : c'était la guerre, il se passait des choses dures, terribles, tragiques mais les enfants y ont vécu leur enfance avec leur insouciance et leur goût du jeu, quoi qu'il arrive. Même s'ils sentaient tous la gravité des choses. La plupart avaient grandi dans le récit des horreurs de la première Guerre et ils n'étaient pas tous si inconscients de la situation même si j'ai été frappée par la diversité des témoignages.
J'ai aussi voulu que, dans l'ensemble, les adultes répondent peu aux questions des enfants. C'était un peu comme ça à l'époque et ça n'empêchait pas les adultes d'être très protecteurs avec les enfants. On ne leur expliquait pas systématiquement le monde. Beaucoup moins qu'aujourd'hui, me semble-t-il. J'ai aussi voulu que les figures féminines soient assez fortes parce que c'est ce qui m'a frappé dans les témoignages. La place que les femmes ont prise pendant ce conflit est très importante. Janne, Mamili, Muguette, Violette, Colette, elles incarnent toutes des volontés affirmées, franches, fermes et conscientes de leur rôle à jouer.
Dans le deuxième épisode, l'arrivée de Fernand met en scène (j'espère en tout cas) ce qui s'est joué au moment de la drôle de guerre. Cette espèce de statu quo où les rumeurs sur les Allemands infiltrés, le Cinquième colonne, allaient bon train. J'ai voulu que Fernand, cet "étranger qui n'en est pas un" incarne ces peurs irrationnelles de l'autre, de l'exilé, et ce que ça fabrique de tension et de conflit. Et que ça rejoigne la problématique d'Ernest qui est rejeté juste parce qu'il vient d'ailleurs... Les deux "exilés" deviennent immédiatement amis.
Le troisième épisode, c'est l'Exode, qui entraîne Ernest et Colette hors de leur village, c'est l'épisode que tant et tant de gens ont vécu en 40, il y a eu plus de 10 millions de personnes sur les routes pendant quelques jours. L'histoire du pont et de la séparation d'un couple est vraie (et c'est le vrai témoignage du monsieur qui m'a raconté cette anecdote qui est à la fin de l'épisode en documentaire animé), l'histoire des enfants perdus aussi, très peu ont finalement retrouvé leurs familles et de nombreuses personnes ont été enterrées sur le bord des routes, comme ça.
Dans une séquence de l'épisode 3, les pommiers font 3 mètres de haut parce que les décors ont été dessinés en Chine et qu'on a oublié de corriger leurs dessins !
Ce qui se joue dans le 4e épisode, c'est un changement d'ennemi : quand les Allemands envahissent la France, la petite bande n'a plus le luxe de se haïr, ils doivent se fédérer et faire face. A ce moment-là, l'échappée d'Ernest dans la forêt est un peu initiatique : il va s'y confronter à ses peurs, les surmonte et peut enfin se faire respecter de Marcelin... Ce qui initie une nouvelle manière de communiquer...
Pour les figures des nazis, résistants, collabos, allemands plutôt sympas ou corrects (comme Otto ou, dans son genre, von Krieger), j'ai essayé de montrer tout ces gens cohabitant à peu près comme j'en ai entendu parler. Un homme m'a dit qu'en 40, un soldat allemand lui avait dit que finalement, pendant les guerres, les paysans allemands venaient cultiver les champs français pendant que les prisonniers français bossaient dans les fermes allemandes... L'idée était d'être le moins manichéen possible et d'essayer d'aborder tous les aspects de la guerre, y compris les histoires d'amour franco allemandes et pas seulement par le prisme terrifiant qui existe aussi. (Par exemple, j'ai décidé que Jeanne ne serait pas tondue à la fin de la guerre...)
Sinon, les épisodes d'après abordent les thèmes de la guerre avec un souci de chronologie exacte. Il y a le débarquement canadien (épisode 7), qui est un épisode peu connu de notre histoire qui a effectivement eu lieu à Varangeville (qui est le vrai village dont s'inspire Grangeville) : c'est une espèce de répétition du vrai débarquemnt qui a été un échec retentissant, sauf dans ce petit village. Il y a aussi un hommage au défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax dans l'épisode 8, défilé de résistants interdit mais filmé puis envoyé à Londres. C'est grâce à ce film que de Gaulle et les Anglais ont décidé d'aider la résistance française qui s'épuisait !
Si vous avez d'autres questions, n'hésitez pas à me les poser !
Pour me contacter : delphine@tantmieuxprod.com
voici un lien vers ma page sur les Grandes grandes vacances...
Delphine Maury
productrice